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Le débourrage du cheval: l'étape indispensable



Hello !


Vous avez choisi de vous lancer dans l’aventure poulain ou avez choisi de devenir l’heureux propriétaire d’un jeune cheval non débourré… Tout d’abord, félicitations ! Maintenant, vous vous posez à présent la question du débourrage.

Mais le débourrage… c’est quoi ?


Si on cherche sur le net une définition exacte on va trouver ceci : « Le débourrage consiste à amener le cheval à accepter une selle, un filet et un cavalier et à comprendre et exécuter des ordres de base ». Bon, ok, débourrer un cheval, reviendrait donc à lui poser une selle sur le dos, un filet, une pression de mollet et let’s go ! Même si dans l’idée, la finalité s’apparente à celle ci, je peux vous dire que dans la réalité, les choses ne sont pas si simples. Prendre un cheval de 3 ans qui n’a pas du tout été manipulé, le sortir du parc dans lequel il a toujours vécu, le mettre dans un rond de longe et commencer à le seller, le monter et… advienne que pourra… ça se fait, ça se voit, mais pas sûre que dans la durée et pour la santé mentale de notre destrier, cela soit la meilleure façon de faire.


Attention, cet article n’a aucunement vocation de donner LA méthode pour débourrer un cheval, ni donner de leçons, chacun fait comme il veut. Je vous donne ici simplement quelques petits conseils et vous partage mon expérience car pour la petite histoire… mon jeune cheval Hijo sort du débourrage et c’est encore tout frais. On va parler dans un premier temps de généralités, puis je vous parlerai de ma petite expérience avec mon très cher cheval.


Reprenons… en vrai, le débourrage, qu’est ce que c’est ?

Une étape essentielle dans la vie d’un cheval ? Oui. C’est une étape clé et primordiale dans la vie du cheval et dans l’histoire du couple cavalier/cheval. Une fin en soi ? Non.


Selon moi, c’est l’aboutissement d’un long travail préparatoire. Un travail sur le mental et le physique du cheval. Si vous avez eu la chance de voir naître votre poulain ou le connaître à l’aube de sa vie, de le voir grandir, évoluer, tisser et créer une relation d’amour et de confiance, alors les choses seront peut-être plus simples. Il faut aussi noter, qu’une fois le débourrage amorcé, c’est là que commence la grande aventure du travail monté. De la rectitude, de l’impulsion, la direction, la propulsion, la découverte de discipline, la naissance de votre complicité ensemble et le but de ne faire qu’un. C’est parfois le travail de toute une vie… vouloir devenir centaure ! Bon trêve de rêverie, revenons en au débourrage ! :)


De l’importance du travail préparatoire…


Quand ?



Il n’y a pas UN moment pour débourrer son cheval. La seule chose que je retiendrais c’est qu’il faut aller lentement. Et même si cela peut sembler paradoxal, aller lentement, c’est aller vite. Il faut en effet veiller à rester humble (d’ailleurs c’est LA leçon d’humilité), oublier sa montre et prendre son temps.



Chacun est libre de choisir son moment. Il est variable en fonction des chevaux. On peut choisir de débourrer à 2 ans pour des chevaux de sport. La « norme » est entre 3 et 4 ans. Certains préfèrent attendre la fin de la croissance complète de leur cheval et le monte à 5 ou 6 ans. Cela dépend de la discipline à laquelle ils sont destinés. Loisir ? Courses hippiques ? Cheval de sport ? Cela dépend également de la race du cheval, de sa croissance et de son mental.

Bien sûr, il va de soi que le check-up dentiste et ostéopathe sont à jour ! Il convient d’enlever les dents de loup avant la mise en place du mors. Il faudra également s’assurer de la bonne alimentation de son jeune cheval. Un jeune cheval au débourrage dépense beaucoup d’énergie physique et mentale. Il faudra veiller à insister sur sa bonne nutrition.


Par qui ? Avec qui ?

Si vous n’êtes pas capable de débourrer votre poulain seul, ne le faites surtout pas. Même si cela peut sembler évident. C’est dommage de prendre le risque de tout gâcher et de payer très cher la précipitation et l’impatience. Si vous voulez absolument le faire vous même, faites vous encadrer par un professionnel.


Et avant de monter ?

Un mot d’ordre : le travail à pied ! Il englobe énormément de choses.. que ce soit longues rênes (contrôle de la direction, encadrer, porter un tapis, un surfaix, sans le poids du cavalier balades en main), les sorties en main, le travail à la longe, les exercices d’Equifeel, les 7 jeux de Pat Parelli… Instaurez des codes vocaux que vous utiliserez une fois en selle. Habituez votre cheval à être avec vous. Montrez lui qu’il peut vous faire confiance. Vous sentirez bien les choses en fonction de votre cheval.


C’est l’heure !


Ça y est, tout le travail préparatoire laisse présager qu’il est désormais possible de passer à l’étape supérieure et c’est le cas de le dire : l’heure de « passer la jambe ».

Après un travail sur le montoir : l’immobilité du cheval auprès de son cavalier lorsqu’il est sellé, la possibilité de sautiller à sa gauche, à sa droite, de mettre du poids dans les étriers sans monter sur le cheval, de mettre du poids sur la selle, de faire du bruit… c’est l’heure de monter sur votre cheval. Si tout a bien été effectué en amont, aucune raison que votre cheval manifeste une grosse réaction (même si cela reste possible). Faites vous aider de quelqu’un pour vous tenir le cheval si besoin et rester à pied à côté de lui et le rassurer.


Commence la vraie aventure du travail monté. Au préalable avec quelqu’un en bout de longe pour lui apprendre le mouvement en avant avec un poids sur le dos. Puis progressivement seul. Le travail aux longues rênes au préalable est très utile car le cheval a déjà un semblant de direction. Les aides vocales comme les changements d’allure sont précieuses si elles sont bien intégrées par le cheval. Là encore, pour les débuts, il n’est pas question d’avoir un cheval sur la main au bout de deux séances montées et de demander un appuyer. Simplement aborder des choses simples comme la direction et la franchise dans les allures. Le jeune cheval n’a pas d’équilibre au début. Une bonne chose pour le faire avancer et prendre conscience de son corps et de son équilibre : partir en balade. Avec un autre cheval au début. Seul si cela est possible. Passer devant, passer derrière, varier les allures, les terrains, les dénivelés…


Attention : les séances de travail ne doivent pas être trop longues. Il en va du respect de la condition physique du jeune cheval mais aussi de sa capacité à se concentrer sur ce qu’on lui demande. De trop longues séances contribuerons à le blaser et seront contre productives !


Et après ?

On entend beaucoup : une fois que ton cheval est débourré, le mieux est de le remettre au parc pour qu’il termine sa croissance. Il y a du vrai et je partage ce point de vue mais… pas totalement. Certains chevaux ne supportent pas d’être délaissés après cette parenthèse de travail que vous avez vécu ensemble. D’autres demanderont un break et cela leur sera bénéfique, leur permettant de reprendre le travail l’année suivante, là où il s’était arrêté. En définitive, il n’y pas de bonne réponse, cela dépend du cheval, de vos objectifs. Il est possible à mon sens de continuer à travailler de manière ponctuelle votre jeune cheval en continuant à l’intéresser, que ce soit à pied ou monté. Continuer à le sortir en extérieur, lui demander des choses simples sous la selle (la direction, un tour de carrière au trot, un arrêt correct, soigner ses transitions), faire du travail à pied de façon ludique. Il y a tant de choses à faire pour intéresser et progresser avec son jeune cheval (cela vaut d’ailleurs pour tous les chevaux). Les lignes directives devront être : l’humilité, le respect du cheval, le bon timing. Et pour citer Baucher reprit par Nuno Oliviera « Demander souvent, se contenter de peu, récompenser beaucoup ».



Et si je vous racontais mon histoire.

Je m’appelle Louise, j’ai 28 ans. En 2018 j’ai croisé sur ma route Hijo, un poulain isabelle de 10 mois, 50% Pure Race Espagnole, 50% Pur Sang Lusitanien. Un ibérique très charismatique, très exubérant, mordeur, très (trop) proche de l’humain. Ce cheval aurait du me faire fuir : assez compliqué, toujours dans l’excès, un concentré d’émotions brutes et en même temps… tellement du pureté et de beauté dans tout ce qu’il me proposait. Il a su me toucher en plein coeur, je ne saurai pas expliquer pourquoi. Il a été LA rencontre. Pourtant cavalière peu expérimentée, déjà propriétaire certes, mais d’un Connemara plus âgé, froussarde qui plus est… j’ai pris la décision de l’acheter, et de me lancer dans cette aventure un peu folle, l’aventure « poulain ».


De ses 1 an à 2 ans, Hijo a été dans un parc, dans un troupeau mixte, de 12 chevaux dans 12 hectares. Il fallait qu’il réapprenne à être cheval. En effet, trop proche de l’homme, Hijo n’avait pas les codes « cheval », et il lui fallait, pour mieux évoluer par la suite et se sentir bien dans sa tête, apprendre et développer son savoir-être de cheval. Durant cette année, je ne faisais que très peu de choses avec lui, à part le regarder, le caresser, le nourrir, passer du temps avec lui. J’ai commencer à le sortir du parc pour lui faire découvrir un autre environnement, le sensibiliser à autre chose… et là, c’était la catastrophe. Son côté trop proche de l’homme le rendait complètement irrespectueux, à tester continuellement les limites. Le reprendre par la force, être très dure avec lui n’avait aucun sens et nous ne nous comprenions pas. Il devenait dangereux. Il a prit la fuite à plusieurs reprises en pleine balade, à m’arracher la longe des mains. J’étais complètement démunie. J’ai beaucoup pleuré, avec un mélange de colère et de désarroi. J’avais l’impression d’avoir fait une grosse bêtise en achetant ce cheval. M’être lancée dans quelques chose qui commençait à complètement me dépasser, que je ne maîtrisais plus du tout. Certaines personnes m’ont découragée, pensant que je n’étais pas capable de maîtriser un tel animal.


Que devais-je faire ? Le vendre ? Hors de question, même si cette éventualité m’a effleuré l’esprit, je ne pouvais pas me séparer de lui. Ce n’était pas une question d’égo. Il raisonnait en moi la phrase d’Antoine de Saint-Exupéry : « on devient responsable pour toujours de ce qu’on a apprivoisé ». Hijo était entré dans ma vie, hors de question qu’il en sorte. C’était devenu un membre de ma famille. J’ai donc fait appel à une coach spécialisée en équitation éthologique. Elle nous a littéralement sauvés, nous lui devons énormément et j’ai eu une énorme chance que de croiser son chemin.


A la base, l’éthologie était une branche dont j’ignorais absolument tout et sur laquelle j’avais beaucoup d’apriori. Faire le guignol avec un chapeau de cow-boy en cordelette à cru et monter sur des bâches : très peu pour moi… J’avais complètement tort. Je me suis entièrement remise en question et j’ai énormément appris de cet enseignement qui nous a sorti, Hijo et moi, du chaos total qui commençait à s’installer entre nous.


A 2 ans, même si je pensais que c’était trop jeune, nous avons commencé un travail de pré-débourrage. C’était parti pour l’utilisation d’un matériel d’un nouveau genre : licol éthologique, carrot stick, longe de 3,80 m ou longe de 7m, nous étions prêt pour commencer. J’ai du me faire la main sur d’autres chevaux déjà « mis » en équitation éthologiques et qui avaient les codes. Ne maîtrisant pas l’équitation éthologique, je ne pouvais pas apprendre à Hijo quoique ce soit. Ma coach a été patiente. J’aime bien dire qu’elle nous a apprit déjà à lire, puis écrire.

Nous avons commencé à travailler « la place » du cheval, le respect, les balades en main, le travail en longe, le reculer, les déplacements latéraux, le fait d’évoluer dans des passages étroits, changements de sols, être concentré sur son humain… Hijo étant un cheval curieux et très intelligent, l’initiation au travail le rendait plus attentif que jamais. Même si il avait toujours ce réflexe de tester, il était très intéressé par tout ce qu’on lui proposait et y mettait une très bonne volonté. C’est un cheval qui a besoin d’être intéressé en permanence. Je redécouvrais mon cheval et prenais de plus en plus en confiance en moi, en lui et en nous. Nous nous sommes initiés à quelques exercices d’Equifeel (discipline que je ne connaissais pas du tout non plus, moi la cavalière « classique » !). Nous sommes même allés jusqu’au travail aux longues rênes, avoir le mors dans la bouche, avoir un surfaix sur le dos, une selle, une sangle, des étrivières… il n’y avait plus qu’à…


Nous l’avons laissé encore un petit peu grandir, continué a lui montrer le plus de choses possible, jusqu’à ses 3 ans. Il a été vu par dentiste, ostéopathe, vétérinaire. Et le grand moment est venu. J’ai confié cette « lourde » tache à ma coach. C’est elle qui a fait tout le débourrage. J’étais spectatrice, mais j’avais l’impression de vivre les choses aussi intensément. Moi qui avait une trouille bleue de ce moment fatidique, « le débourrage », moi qui voyait déjà Hijo ruer, se mettre debout avec le cavalier sur le dos… le fait de passer la jambe au dessus de la selle a été une formalité. C’est d’ailleurs un moment très émouvant que de voir pour la première fois un humain sur son dos.


Au bout de 4 semaines, ça a été mon tour. J’étais pétrifiée et en même temps impatiente et émue. Nous sommes partis en balades, pour la première fois. Un moment magique. Aux trois allures. Puis est venu le tour de la carrière. Hijo donnait l’impression d’avoir fait ça toute sa vie et y mettait du coeur, très fier de lui et recevant avec joie tous les compliments qu’on lui donnait.


Aujourd’hui, 2 mois après ce moment magique, nous continuons le travail monté de manière plus espacée. Nous continuons le travail à pied, que ce soit en promenade ou en carrière. Nous commençons le travail en liberté. Hijo est un ibérique, c’est un cheval à croissance tardive, il faut donc préserver son squelette. Mais pas question de le laisser au parc pour grandir sans le manipuler. C’est un cheval qui a énormément besoin de contact avec l’humain, besoin qu’on s’occupe de lui, qu’on lui parle, qu’on lui montre de nouvelles choses. Il a besoin d’être regardé, il a besoin d’amour, de connexion, de complicité.


Aujourd’hui, je ne regrette absolument pas ma décision que d’avoir acheté Hijo. Quand je regarde derrière nous et que je vois le chemin que nous avons parcouru, je suis fière, heureuse et très reconnaissante. Et quand j’entrevois ce qui nous attend, je suis remplie de confiance et bonheur.


Hijo a tout remis en question. Il m’a bouleversé. Il a fait jaillir en moi des choses auxquelles je ne voulais pas faire face. Il m’a confronté à mes conflits internes. Il me ressemble. Dans son hypersensibilité, son côté excessif, dans ses émotions, dans son besoin de voir, connaître et goûter de nouvelles choses. Dans son besoin de sociabilité. Il est mon cheval miroir.

Hijo c’est ma respiration, ma thérapie, mon bouclier, ma protection.

Le débourrage a en fait été le résultat de plus de 1 an de travail préparatoire, de travail sur notre relation, d’élaboration d’une confiance et d’une connexion. Bien entourée et formidablement aidée par ma coach, nous avons réussi. Réussi à passer ce cap. L’objectif est de continuer, Hijo et moi, à grandir et vivre ensemble, et de vivre une belle aventure.


Louise

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